Choc émotionnel et mémoire traumatique

29. janvier 2025 | Thérapie, trouble du stress post-traumatique

Quand un souvenir accablant altère les mécanismes de mémorisation - une introduction au syndrome de stress post-traumatique

Préambule


Imaginez-vous assis sur un banc dans un parc, regardant les enfants jouer et écoutant le bruissement des feuilles sous la brise. Tout semble paisible, mais soudain, le bruit d’une sirène au loin déclenche en vous une vague de terreur inexplicable. Votre cœur s’emballe, votre respiration devient courte et saccadée. Vous ne comprenez pas pourquoi ce son anodin provoque en vous une telle panique, mais vous ne pouvez vous empêcher de vous sentir pris au piège, comme si quelque chose de terrible pourrait se produire.

Pour quelqu’un souffrant de syndrome de stress post-traumatique (SSPT), ce genre de réaction est bien connu. Les personnes atteintes de SSPT vivent dans un état d’hypervigilance constante, où chaque son, chaque image, chaque odeur peut ramener des souvenirs d’événements éprouvants du passé, comme s’ils se produisaient à nouveau dans le moment présent. C’est un monde dans lequel le passé et le présent se mélangent, où chaque instant paisible peut être brusquement envahi par un flot de souvenirs accablants.

Introduction


Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), aussi appelé trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou état de stress post-traumatique (ESPT), est une réponse intense et prolongée à un événement traumatique qui dépasse la capacité d’adaptation de l’individu. Ce trouble affecte profondément la perception et l’interaction de la personne avec son environnement.

Mais pourquoi certains événements marquent-ils à ce point notre mémoire? Comment un moment douloureux peut-il s’ancrer dans notre esprit et affecter ainsi notre quotidien?

Cet article vise à éclairer les symptômes du syndrome de stress post-traumatique, à approfondir la compréhension de la mémoire traumatique et à offrir des ressources à ceux qui en souffrent ainsi qu’à leur entourage.

Le syndrome de stress post-traumatique, qu’est-ce que c’est?


Selon l’ICD-10 (International Classification of Diseases), classification médicale établie par l’OMS, le syndrome de stress post-traumatique « survient comme une réaction retardée ou prolongée à un événement stressant ou à une situation de menace intense ou d’ampleur catastrophique (de courte ou de longue durée), qui provoquerait un profond désespoir chez presque tout le monde. Il peut s’agir d’une catastrophe naturelle ou humaine, d’un combat, d’un accident grave, d’une mort violente ou d’un acte de torture, de terrorisme, de viol ou d’un autre crime. »

Ce trouble affecte non seulement l’esprit, mais également le corps, entraînant des modifications neurobiologiques et des perturbations émotionnelles profondes.

Les symptômes du SSPT


Les principaux symptômes du SSPT sont variés et se peuvent se classer en différentes catégories:

1. Reviviscence ou mémoire traumatique


Ce sont des souvenirs intrusifs qui reviennent de manière répétée et involontaire, souvent sous forme de flashbacks ou de cauchemars. Ces souvenirs sont si intenses qu’ils donnent l’impression de revivre l’événement encore et encore, comme si le cerveau était resté coincé en mode « replay ».

Exemple: Une personne ayant survécu à une agression physique peut ressentir une peur intense et une accélération cardiaque dès qu’elle se retrouve dans un lieu semblable à celui où s’est déroulé l’événement, même en l’absence de danger réel.

2. Évitement


Les individus atteints du SSPT évitent habituellement tout ce qui pourrait raviver le souvenir du traumatisme – que ce soient des lieux, des personnes, des pensées ou même des émotions. Cet évitement peut entraîner un isolement social, car la personne tente de se protéger de toute situation susceptible de réactiver la mémoire traumatique.

Exemple: Après un accident de voiture, une personne peut éviter de conduire ou même de monter dans un véhicule.

3. Altérations des cognitions et de l’humeur


Les personnes souffrant de SSPT peuvent développer une vision négative d’elles-mêmes et du monde, ressentir une culpabilité excessive ou éprouver une incapacité à ressentir du plaisir. Elles peuvent également avoir des troubles de la mémoire, notamment une difficulté à se souvenir des détails de l’événement traumatique.

4. Hyperactivation neurovégétative et hypervigilance


Cela se traduit par des difficultés à dormir, de l’irritabilité, des sursauts exagérés et une tension constante. L’hypervigilance est un état constant de « surveillance », où la personne est toujours sur ses gardes, comme si une nouvelle menace pouvait surgir à tout moment.

Exemple: Un vétéran de guerre peut se retrouver à sursauter violemment au moindre bruit fort, comme le claquement d’une porte.

5. Blocage émotionnel (numbing)


Certaines personnes ressentent une sensation d’engourdissement, un émoussement émotionnel à la suite d’un événement traumatique c’est-à-dire une incapacité à éprouver des émotions, comme si une partie d’elles-mêmes était restée figée au moment du trauma, « dissociée ».

Pour qu’un diagnostic de SSPT soit posé, ces symptômes doivent persister plus d’un mois et causer une détresse significative ou des perturbations dans la vie quotidienne de la personne.

Qu’est-ce que la mémoire traumatique?

Les souvenirs jouent un rôle essentiel dans notre identité et notre perception du monde. Lorsqu’un souvenir ordinaire est désagréable ou douloureux, le cerveau parvient généralement à l’atténuer avec le temps et à en relativiser l’impact émotionnel. Mais que se passe-t-il lorsqu’un événement est si bouleversant qu’il perturbe les mécanismes habituels de la mémoire? Comment cela s’inscrit-il dans notre histoire?


La mémoire traumatique est une forme spécifique de mémoire, résultant d’un événement extrêmement stressant ou douloureux. Contrairement aux souvenirs « classiques », intégrés de manière cohérente dans le cerveau par l’hippocampe, les souvenirs traumatiques restent désorganisés, fragmentés et chargés d’une intensité émotionnelle « brute ».

Plutôt qu’un récit structuré, la personne peut revivre l’événement sous forme de flashs sensoriels – des flashbacks – vécu comme incontrôlables – images, sons, sensations – comme si le trauma se rejouait en boucle. Cette empreinte émotionnelle indélébile empêche l’intégration de l’événement dans une continuité temporelle, rendant la gestion des émotions particulièrement difficile.

Le rôle du cerveau dans la mémoire traumatique

Comme vu précédemment, le cerveau enregistre les souvenirs en général de manière organisée, en les associant à une chronologie et à un contexte précis. Les expériences émotionnelles sont ainsi intégrées dans notre mémoire autobiographique, ce qui nous permet de les comprendre et de les revivre consciemment. Cependant, lorsqu’un traumatisme survient, ce processus est perturbé: au lieu d’être stocké de manière structurée, le souvenir reste fragmenté, souvent dissocié du temps et de la logique habituelle.

Les souvenirs traumatiques ne ressemblent pas aux souvenirs ordinaires – ils sont bruts, intenses et ressurgissent souvent de manière incontrôlée.

Cela s’explique par le fonctionnement du cerveau sous stress extrême: le cerveau est submergé par des hormones de stress (cortisol et adrénaline), perturbant ainsi son fonctionnement normal. Le système limbique, en particulier l’amygdale (centre de la peur et des émotions), reste en état d’alerte, tandis que l’hippocampe, qui est chargé de structurer les souvenirs, voit ses capacités réduites.

C’est pourquoi les personnes atteintes de SSPT souffrent fréquemment de flashbacks, où l’événement traumatique semble se rejouer en temps réel. Ces réminiscences incontrôlables peuvent être déclenchées par des stimuli sensoriels (odeurs, sons, images) et provoquer des réactions émotionnelles et physiques intenses.

Voici un exemple: Reprenons le cas de l’accident de voiture. À chaque fois que la victime entend le bruit d’un klaxon ou qu’elle voit une voiture similaire à celle impliquée dans l’accident, son corps réagit comme si elle revivait l’événement. Son cerveau a associé ces différents déclencheurs à l’accident, ce qui réactive automatiquement sa réponse au stress. Même si la victime est en sécurité dans sa voiture, son cerveau continue de percevoir un danger, comme si elle se retrouvait dans l’accident de voiture.

Les mécanismes de défense et la dissociation


Les mécanismes de défense sont des stratégies inconscientes mises en place par le cerveau pour atténuer la douleur psychique face à un événement vécu comme insupportable. Parmi eux, la dissociation est un phénomène où l’individu se déconnecte de ses émotions, de son corps ou même de la réalité, comme s’il observait la scène de l’extérieur. Cela peut parfois donner l’impression que le souvenir appartient à quelqu’un d’autre, comme un film auquel on assiste.

Lors d’un événement traumatique, le cerveau peut utiliser la dissociation comme un mécanisme de protection pour éviter d’être submergé par une détresse trop intense. Ce phénomène est particulièrement fréquent dans le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), où la personne peut ressentir un engourdissement émotionnel ou une perte de contact avec la réalité face aux souvenirs du trauma.

Le traumatisme reste hors du temps: il ne s’agit pas d’un événement du passé, mais d’une menace qui semble toujours présente.

L’entourage face à la mémoire traumatique


Pour ceux qui ne vivent pas directement le trauma, comprendre la mémoire traumatique peut être déroutant et frustrant. Voir un être cher revivre sans cesse un événement douloureux, sans parvenir à s’en détacher, peut générer de l’incompréhension et un sentiment d’impuissance.

Il est crucial pour l’entourage d’une personne ayant vécu un traumatisme de faire preuve de patience et d’empathie. Le cerveau de la personne touchée ne fonctionne pas de manière habituelle: il ne s’agit ni d’un choix, ni d’une faiblesse, mais d’une réaction biologique normale à un stress extrême.

En offrant un environnement sécurisant, en évitant les jugements et en encourageant la personne à consulter un professionnel, l’entourage peut jouer un rôle essentiel dans le processus de guérison.


Comment surmonter un choc émotionnel ? Les chemins vers la guérison


Heureusement, il existe des thérapies efficaces pour aider les personnes à se libérer de leur mémoire traumatique. Parmi elles, la thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est l’une des plus recommandées pour traiter les traumatismes. Cette méthode repose sur des mouvements oculaires guidés, permettant de retravailler les souvenirs traumatiques et de favoriser leur intégration dans une narration cohérente et ce, dans un cadre émotionnel plus apaisé.


Un autre traitement efficace est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui aide à identifier et à modifier les pensées négatives ainsi que les comportements liés au traumatisme. Son objectif est d’apprendre au cerveau et au corps à réagir différemment aux déclencheurs, afin de réduire progressivement l’intensité des symptômes et d’adopter des stratégies d’adaptation plus sereines.

Guérir ne signifie pas oublier le traumatisme – mais se souvenir de manière à ce qu’il ne dicte plus le présent.

Bien que le chemin vers la guérison puisse être long, il est possible, avec les bons outils et un accompagnement professionnel, de reprendre le contrôle de sa vie et de retrouver un sentiment de sécurité intérieure.)


Si vous souhaitez en apprendre davantage sur la gestion du stress et des émotions, je vous invite à lire l’article : “Gestion du stress et des émotions grâce à la respiration consciente”.


Et la thérapie holistique dans tout ça?


Face aux conséquences d’un choc émotionnel et à la reviviscence de souvenirs traumatiques, une approche purement cognitivo-comportementale ou médicamenteuse ne suffit pas toujours à soulager pleinement la personne. C’est ici que la thérapie holistique intervient, en considérant l’individu dans sa globalité – corps, esprit et émotions – pour favoriser une reconstruction profonde et durable.


L’approche holistique repose sur l’idée que le traumatisme ne se limite pas à un simple dysfonctionnement neurologique, mais qu’il s’inscrit aussi dans le corps, les comportements et même les relations sociales. Lorsqu’un individu subit un événement traumatique, l’impact dépasse la simple mémoire:

  • Il affecte la physiologie (tensions chroniques, troubles du sommeil, fatigue).
  • Il altère la sphère émotionnelle (anxiété, dépression, dissociation).
  • Il modifie la façon dont la personne interagit avec le monde extérieur.

En travaillant sur les plans cognitif, corporel et émotionnel, cette approche permet de désactiver progressivement les réactions automatiques de la mémoire traumatique et d’aider la personne à retrouver un équilibre intérieur, sans être continuellement submergée par des souvenirs accablants.


Pour mieux comprendre la thérapie holistique et ses différentes approches, je vous invite à lire l’article : “Thérapie holistique, qu’est-ce que c’est ?”.


Conclusion


Le choc émotionnel et la mémoire traumatique sont des phénomènes complexes qui nécessitent une prise en charge adaptée, aussi bien sur le plan cognitif, corporel qu’émotionnel.


Si vous ou un proche êtes touché par un choc émotionnel ou un SSPT, sachez qu’il est possible d’en guérir avec du temps, de la patience et un accompagnement thérapeutique qui correspond à vos besoins et votre vécu. L’objectif est de reprendre le contrôle sur son présent, sans laisser le passé dicter son quotidien.


L’important est de ne pas rester seul face à votre souffrance: des solutions existent, et l’espoir d’une amélioration est toujours présent, même lorsque les souvenirs douloureux semblent envahissants.

Je vous souhaite, dès aujourd’hui, un merveilleux voyage à la découverte de vos richesses intérieures !

Vanessa Lena

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

Pour aller plus loin, voici une liste non exhaustive d’ouvrages et d'adresses, qui peuvent être utiles pour approfondir votre compréhension sur ce sujet :
  • Centre du Psychotrauma de l'Institut de Victimologie: https://www.cpiv.org/
  • Institut Belge de Psychotraumatologie: https://www.bip-trauma.be/
  • Bessel van der Kolk, Le Corps n’oublie rien: Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme, 2018
  • Stéphane Allix, Nos âmes oubliées, 2021
  • Tarquinio, C. et al., Pratique de la psychothérapie EMDR, 2020
  • Tarquinio, C. et al. Aide-mémoire EMDR en 46 fiches, 2018